La start-up toulousaine U-Space, en forte croissance, qui conçoit et produit des nano et microsatellites, renforce sa gouvernance et prépare une levée de fonds prévue pour 2025.
La start-up toulousaine U-Space (75 salariés, chiffre d’affaires non communiqué), qui conçoit et produit des nanosatellites et des microsatellites (de 10 à 150 kg), vient de renforcer sa gouvernance avec la nomination de Jean-Michel Darroy, ancien dirigeant d’Airbus Defence and Space, en tant que président exécutif, et d’Alain Coupier, expert en gestion des opérations et développement commercial, en tant que directeur général adjoint. Ces deux personnalités expérimentées et reconnues de l’écosystème spatial viendront temporairement accompagner Fabien Apper (Président) et Antoine Ressouche (Directeur général), cofondateurs d’U-Space en 2018, alors que la start-up poursuit son développement et prépare une levée de fonds prévue pour 2025 (montant confidentiel).
7 millions d’euros levés en 2022
En septembre 2022, l’entreprise a levé 7 millions d’euros auprès de Karot Capital, du fonds Definvest du ministère des Armées, géré par Bpifrance, et de BNP Paribas Développement. À l’époque, il s’agissait de l’une des plus importantes levées de fonds en amorçage pour un acteur français du New Space. « C’est une période très exigeante en énergie pour les fondateurs, qui sont en première ligne pour convaincre les investisseurs. Si l’on n’y prend pas garde, cela peut se faire au détriment des opérations », commente Jean-Michel Darroy, qui accompagnait déjà bénévolement la start-up deux ans auparavant, à l’invitation d’Aerospace Valley.
Issue d’une équipe ayant travaillé avec le CNES, pour lequel elle a produit le nanosatellite EyeSat (un projet d’astronomie destiné à étudier la lumière zodiacale et la Voie lactée grâce à un télescope spatial miniaturisé), U-Space a ensuite remporté un appel d’offres du CNES pour concevoir N3SS (Nanosat 3U for civil spectrum monitoring), un nanosatellite de type CubeSat lancé le 8 octobre 2023 à bord du vol 23 du lanceur Vega. Parallèlement, l’entreprise a réalisé plusieurs études et missions pour des acteurs privés. « Des projets avec des géants du spatial comme Airbus Defence and Space ou Thales », précise le dirigeant. « Cela montre bien que, contrairement aux idées reçues, l’Old Space et le New Space ne sont plus cloisonnés. » U-Space a également remporté son premier succès à l’export avec le DLR, l’agence spatiale allemande.
Désormais installée au B612, le centre d’innovation de Toulouse Aerospace, la jeune entreprise a franchi une nouvelle étape en 2024. Elle y a notamment installé son usine pilote, un site industriel de 1 000 m² situé au premier étage du bâtiment, surplombé par un centre de contrôle. « Il s’agit de la première version de l’usine, tant en termes de taille que de niveau d’automatisation », explique Jean-Michel Darroy. « À terme, l’objectif est de pouvoir produire plusieurs dizaines, voire plus de 100 satellites par an. » U-Space vient d’achever l’assemblage simultané de deux satellites destinés à être lancés en 2025. « Sept autres satellites sont en cours de développement pour une production en 2025 », ajoute Jean-Michel Darroy. « Et deux autres viennent d’être remportés auprès du CNES, pour une production en 2026. »
Maître d’œuvre du projet Toutatis
Face à la concurrence européenne de NanoAvionics (Lituanie), GomSpace (Danemark) et Hemeria (Toulouse), U-Space poursuit sa montée en puissance. En septembre 2024, l’Agence de l’innovation de défense (AID) lui a attribué le contrat du projet Toutatis (« Test en Orbite d’Utilisation de Techniques d’Action contre les Tentatives d’Ingérences Spatiales »), une démonstration d’actions en orbite basse pour le Commandement de l’Espace. La start-up réalisera deux satellites : le premier (SPLINTER) disposera d’une forte capacité de manœuvre et d’un ensemble de sous-systèmes permettant une approche et une action autonomes. Le second (LISA1) sera un satellite « observateur », doté de capacités renforcées d’observation pour la surveillance de l’espace depuis l’orbite.
Pour ce projet, U-Space travaille en synergie avec le groupe européen MBDA (15 000 collaborateurs), détenu par Airbus (37,5 %), BAE Systems (37,5 %) et Leonardo (25 %), qui apporte son expertise dans les effets militaires et les engagements liés à la protection des satellites.
